Discours du Maire pour l'anniversaire des 150 ans de l'église
Je pourrais ne prendre la parole que comme propriétaire des lieux pour commémorer avec vous les 150 ans de l’édifice. Il me serait, je pense, facile d’en tirer une certaine fierté en tant que Maire car ce bâtiment est je crois, bien entretenu. Le jeune Charentonnais que j’étais éprouve beaucoup plus d’émotion en cet instant devant cette église qu’un simple administrateur n’en ressentirait.
Elle représente pour moi le lieu de mon baptême, de ma communion, de ma confirmation et le plus tard possible de mon adieu à ce monde que j’aime tant. Ma seule infidélité, mais c’était pour mon mariage, fût de l’avoir célébré en l’église Saint Didier de LYON. Mais ce clocher de Charenton a rythmé tous les évènements familiaux, heureux ou malheureux de notre famille depuis cinq maintenant 6 générations.
J’ai connu l’abbé BIVORT l’abbé CHOPARD le chanoine PETIT, le père FOURNIER, le chanoine SANDRIN, l’abbé GRANDJEAN, l’abbé GAILLEDRAT, GAVOIS et aujourd’hui Jacques HABERT. J’ai même souvenir, j’étais enfant, de la visite du nonce apostolique, il y a bien longtemps, Mr RONCALLI futur Pape Jean XXIII.
Si j’égrène ces souvenirs, c’est parce que beaucoup de Charentonnais connaissent ces noms et que nous avons beaucoup de souvenirs en commun.
Cette église qui comme toutes les églises de France marquent le centre du village n’a pas toujours occupé cette situation. L’ancienne église paroissiale était à Conflans : son très mauvais état d’entretien depuis la révolution la rendit irréparable dès les années 1830 : que faisait la mairie ? C’est en 1856 que le Conseil Municipal se décida enfin à construire ici même au cœur d’un nouveau quartier qu’on venait de lotir notre église Saint-Pierre ouverte au culte en juillet 1859. L’architecte s’appelait Claude NAISSANT.
Les maires successifs ne furent pas si bienveillants à l’égard de la communauté catholique ; les conflits furent nombreux et mesquins disons-le. En relisant les archives j’ai noté par exemple que le 13 février 1882, un Conseiller Municipal proposa au Conseil un vœu pour interdire les processions et demanda au maire de l’époque de prendre un arrêté dans ce sens.
Le Préfet informa que ce genre de décision ne pouvait être pris que par le Préfet de Police et le 7 juin 1883. Le maire confirma que toutes les dispositions nécessaires permettaient enfin de rendre exécutoire cet arrêté d’interdiction.
Ce sont durant ces années, que fut gravé en lettres majestueuses « propriété communale ». Cette même année, le Conseil s’émut des agissements du curé qui « racolait » les enfants à la sortie des écoles pour les emmener à la messe.
Le Commissaire de Police fut sollicité pour mettre fin à cette pratique. Un Procès-Verbal fut aussi dressé au même curé qui avait organisé une procession le 15 août. La mairie décida aussi d’enlever la croix du cimetière puisque des non chrétiens s’y faisaient enterrer.
Vous comprenez mieux maintenant pourquoi le ciseau rageur du sculpteur grava la devise : « LIBERTE EGALITE FRATERNITE » et « REPUBLIQUE FRANCAISE » en caractères énormes.
Je reviendrai à une période plus récente, plus pacifiée, plus respectueuse pour rappeler que des travaux de restauration ont été effectués à l’intérieur de l’église il y a déjà 15 ans.
Entretenir cet édifice n’est qu’un perpétuel recommencement : nous déplorons un désordre dans le transept droit du à des infiltrations mais nous venons d’en supprimer la cause, en refaisant les toitures.
Nous aimons aussi notre église parce qu’elle est très belle, bien proportionnée, d’inspiration romane avec des colonnes à chapiteaux ioniques. Elle renferme de gracieux fonds baptismaux du XVIIè, un calvaire en bronze de Rude, 2 fresques lumineuses de Joseph Aubert dans le chœur, une piéta en bois, peinte, du XVIè siècle.
Enfin un somptueux orgue de Cavaillé-coll. Son clocher abrite la cloche de l’ancienne église de Conflans fondée en 1638 et baptisée Nicolle Catherine.
Nous venons d’inaugurer le 8 mai 2009 cette nouvelle place de l’église en centre ville, paysagée avec un beau dallage de granit breton bicolore qui ceinture aussi l’église.
Cette place permet à la fois d’organiser nos manifestations patriotiques et d’accueillir les fidèles au sortir des offices religieux qui trouvent ici un lieu de rencontre agréable.
Désormais le soldat du monument aux morts ne tourne plus le dos à Saint Pierre mais lève fièrement son regard vers les Evangélistes, statues que nous venons de restaurer.
Notre belle église, notre clocher resteront comme en 1859 le symbole de la valeur morale et religieuse au cœur de notre ville comme un phare sur la mer, ils sont nos repères. Nous continuerons à en prendre soin et nous engageons à transmettre ce message d’avenir et de foi. |