HISTOIRE DE CHARENTON
 

Les Origines

Fille de l'eau, Charenton est née de l'action conjuguée du relief qui unit sur sa lisière sud la Marne à la Seine, ainsi que de l'activité humaine qui y fixa le franchissement de la Marne aux routes venant de l'est de la France par un pont intimement lié à l'histoire de Paris. Redoutable honneur que la ville moderne devait affirmer dans la devise figurant sur ses armoiries, Praesidium et Decus. Charenton doit à cette position stratégique, entre confluent et pont, son développement urbain, son essor économique mais aussi quelques sombres pages de son histoire.

Célèbre par son pont, célébré pour la beauté de ses sites par les poètes et écrivains, ainsi que par les écrits des voyageurs, Charenton devait au cours des siècles attirer la population parisienne, aristocrates et bourgeois de l'Ancien Régime, ouvriers et employés des XIX e et XX e siècles. Les peintres et graveurs devaient s'en inspirer. Leurs oeuvres immortalisent, parfois selon une inspiration très libre, les lieux, les paysages, les monuments ainsi que les hommes d'un temps révolu.

Agent prédominant de l'implantation humaine, l'eau fixa l'homme au confluent de la Seine et de la Marne il y a plus de 16 000 ans. En témoignent des armes, outils et monnaies trouvés lors de dragages et d'aménagements de berges dans le dernier tiers du XIX e siècle. Ils représentent le Paléolithique, Néolithique, l' Age du bronze, l' Age du fer, ainsi que l'Antiquité et illustrent la continuité de cette implantation.

Le Moyen-Age et l'Epoque Moderne

Au débouché du pont de Charenton, mentionné dès le VII e siècle dans la vie de Saint-Merri, se fixa dès le Moyen-Age, sur la rive droite de la Marne, le Bourg-du-Pont ou Bourg-de-Charenton. Pour moitié sur la paroisse de Charenton-Saint-Maurice pour sa partie orientale et sur celle de Saint-Pierre de Conflans, pour son secteur occidental, le Bourg-du-Pont était défendu par la garnison permanente installée au Séjour du Roi (square Jules Noël), résidence royale érigée en ce lieu par les Capétiens, ainsi que par une enceinte remontant de la Marne, enceinte qui sera démolie au cours du XVIII e siècle.

Centre actif de la paroisse de Conflans, il fut doté au XVII e siècle d'un marché hebdomadaire, d'une poste aux chevaux, de la Justice seigneuriale. Il devait l'essentiel de son activité à la présence d'auberges, cabarets e t autres débits de boisson, nombreux sur le chemin de Paris.

A son extrêmité occidentale, à l'emplacement de la place de Valois, la Marquise du Plessis-Bellière avait fait construire vers 1640 un hôtel qui ouvrait sur la vallée de la Marne. Il fut démoli en 1937.
La porte fortifiée du Bourg franchie, sur le chemin de Paris, le Pavillon du Cadran dominait depuis le XVI e siècle le paysage charentonnais. Il devait être reconstruit au début du XVII e siècle. C'est aujourd'hui l'Hôtel de Ville de la commune.
Le long de la Marne et de la Seine, axe fluvial selon lequel se développa Charenton jusqu'au XIX e siècle, en contrebas du coteau qui domine la vallée, se déploya un hameau, dénommé les Carrières ou les Carrières de Charenton . Son rivage, site naturel de déchargement, servit très tôt au commerce des vins, bois flottés, meules et blés alimentant les moulins de la contrée . L'importance croissante de la navigation en assura dès le XVII e siècle l'essor économique. Sur la partie occidentale du Séjour du Roi, les Carmes déchaussés de Paris établirent en 1617, à proximité de la Marne, un couvent.

La beauté du site, la construction d'élégantes demeures à l'ouest du hameau attirèrent aristocrates et riches bourgeois parisiens qui en firent un lieu de villégiature renommé. Le peintre Fragonard y acheta une maison le 4 Juillet 1782.
A maintes reprises, François Boucher vint y poser son chevalet. La nature particulièrement généreuse, ainsi que la richesse et la diversité des rivages charentonnais lui inspirèrent plusieurs Pastorales constituant autant de variations sur le thème des moulins. « Le Moulin de Quiquengrogne à Charenton » daté de 1739, qui semble être la première représentation non italianisante d'un paysage par le peintre, appartient à cet art de la Pastorale .

A l'extrémité de ce hameau, dominant le confluent de la Seine et de la Marne, le village de Conflans, voué à la vie religieuse et aristocratique, offrait un saisissant contraste avec les Carrières. Siège de la paroisse, l'église Saint-Pierre, établie dans le lieu depuis le Moyen-Age dressait son clocher au nord du château.

Attestée depuis le XIV e siècle, l'ancienne résidence de Mahaut d'Artois, des ducs de Bourgogne, de Villeroy, ministre d'Henri IV, enfin des archevêques de Paris de 1673 à la Révolution, jouissait d'une splendide vue sur la Seine depuis ses jardins en terrasses.

A l'est du château et de l'église Saint-Pierre, les Bénédictines de Lagny avaient établi en 1653 un couvent et un pensionnat pour les jeunes filles de la noblesse, dont subsiste, remanié au XIXe siècle, le bâtiment d'origine, au coeur de son écrin de verdure, le Parc du Séminaire de Conflans. Plus au nord, les Lazaristes de Paris possédaient une maison des champs (ZAC Pasteur). La Révolution confisqua l'ensemble des propriétés du clergé, château et couvents, qui furent morcelés.

Au delà de Conflans, le long de la Seine, un vaste domaine, ainsi que ses dépendances constituait Bercy et venait buter contre l'enceinte de Paris. A la conquête d'espaces nouveaux, la capitale en repoussa les limites à maintes reprises, diminuant ainsi peu à peu le domaine de Bercy, réduisant d'autant le territoire de la paroisse de Conflans, puis, après la Révolution, celui de la commune de Charenton-le-Pont.

Le Tournant du XIXème siècle

Les premières décennies du XIX e siècle furent marquées par un début d'industrialisation. Un important four à céramique, activité qui devait s'intensifier dans la seconde moitié du XIXe siècle, ouvrit sur le chemin de Paris (107 rue de Paris). Une usine métallurgique, la Fonderie anglaise, ancêtre des aciéries du Creusot où elle émigra, s'installa dans les bâtiments du Couvent des Carmes. Ceux-ci devaient être rayés de la carte charentonnaise par l'arrivée de la première voie du chemin de fer de Paris-Lyon inaugurée en Août 1849. Cette longue saignée qui venait marquer le paysage charentonnais d'ouest au sud en coupait radicalement le territoire. Elle devait néanmoins assurer la croissance de la ville tant sur le plan économique que démographique.
De 3500 habitants en 1846, la population charentonnaise atteignait le chiffre de 4526 dix ans plus tard pour dépasser le cap des 11.000 habitants en 1881.

Avec le Second Empire, Charenton était entré dans une phase de mutations profondes marquée par les extensions urbaines et les aménagements du réseau de communication. Cette nouvelle organisation de l'espace venait s'inscrire dans un mouvement général de développement des zones d'activités du pays et plus particulièrement de Paris et de sa banlieue. Alors que Charenton, depuis le Moyen-Age, s'était déployé le long des rivières, l'agglomération partit à la conquête de nouveaux territoires.
Ainsi, au nord de la rue de Paris, à l'emplacement de l'ancien parc du Pavillon et sur la lisière méridionale de la plaine de Bercy, sortit de terre, dans la seconde moitié du XIXe siècle, le quartier du Centre, dominé par le Pavillon Antoine de Navarre, construit dans le premier quart du XVIIe siècle. Hôtel de Ville depuis 1838, le Pavillon était entouré d'un parc, acheté en 1828 par des financiers qui le lotirent. Peu à peu un ensemble de petites villas et d'immeubles de rapport en occupa l'espace. L'urbanisation d'anciens terrains de culture, compris entre la rue de Paris et le Bois de Vincennes, vendus en 1860 par l'héritier des Malon de Bercy à la Ville de Paris, compléta cet ensemble urbain. En 1859, la paroisse Saint-Pierre y déplaçait son foyer religieux dans l'église nouvellement construite, à l'emplacement du clos des Arquebusiers. Conflans perdait ainsi le siège de la paroisse dont l'église, vendue aux Dames du Sacré-Cour, fut démolie en 1859. A proximité du nouvel édifice cultuel, le premier groupe scolaire de la Ville – les écoles du Centre, actuel groupe Aristide Briand -accueillit les jeunes charentonnais dès la rentrée de 1865.

Plus à l'ouest, aux limites de Charenton et de Paris, entre la rue de Paris et le Bois de Vincennes, sortit de terre, à partir de 1864, le quartier de Valmy, ainsi baptisé lors de l'inauguration de son groupe scolaire.
Le nouvel ensemble urbain s'éleva peu à peu sur la partie nord du domaine de Bercy et sur les terres en dépendant, entre les voie ferrées et le Bois de Vincennes.

Implantée à hauteur des 12-16, rue Marius Delcher, l'aristocratique demeure, était l'oeuvre de François LE VAU. Terminée par Jacques de LA GUEPIERE, dont subsistent les portails d'entrée des communs aux 109 et 114, rue du Petit-Château, elle fut démolie en 1861.
A l'est de son site, boulevard de Saint-Maurice - avenue Winston Churchill - le Vélodrome de l'Est accueillit d'importantes courses cyclistes de 1894 à 1897. Les établissements NICOLAS le rachetèrent et y transférèrent leur siège social en 1921.

Au sud des voies ferrées, à l'emplacement des parterres du château de Bercy que terminait vers la Seine une terrasse flanquée de deux statues de lions accroupis, naquit à partir de 1860 le quartier des Magasins Généraux. Consacrés aux vins et spiritueux, ainsi qu'aux bois, charbons, fer et fonte, ils formaient deux Magasins Généraux agréés par l'Etat. Des immeubles d'habitation ceinturaient cet ensemble voué au commerce.

Un siècle durant l'importante activité liée au négoce des vins et spiritueux, fleuron de l'économie charentonnaise, s'y fixa. La Compagnie du Parc de Bercy, gérante de l'ensemble, devait y construire 51.000 m² de celliers reliés par un réseau d'égouts et une voirie privée de 10 kilomètres que sillonnaient des voies ferrées reliées à la gare de Bercy-Conflans ouverte après 1869.

L'axe historique, le long des rivières, quant à lui, fut l'objet d'incessantes études tant de la part des pouvoirs locaux que du Département de la Seine. Celles-ci devaient aboutir aux cours des années 1860 à l'ouverture d'une nouvelle voie navigable, le canal de Saint-Maurice, à l'aménagement de quais assurant l'accès à la capitale ainsi que la desserte du Pont, reconstruit entre 1861 et 1863, enfin à l'implantation de trois ports le long des cours d'eau, dans le canal de Saint-Maurice, aux Carrières et aux Magasins Généraux.

Le Temps des Mutations

Préfigurant l'ensemble des travaux qui devaient au cours des trois dernières décennies du XXe siècle remodeler l'espace urbain charentonnais, la rénovation des Carrières, décidée en 1961, fut commencée en 1965. Les 885 logements construits sur dix hectares de terrain, compris entre les quais et le chemin de fer, furent rasés. Ainsi disparut le vieux village des Carrières. A son emplacement les aménageurs implantèrent une voie à grande circulation ainsi qu'un ensemble de bâtiments, îlot urbain de 1167 logements et de 20.000 m² de bureaux.

Ouverte à la circulation en 1975, l'autoroute A4 empruntait le tracé du canal de Saint-Maurice comblé depuis 1952, puis longeait le cours du fleuve.

A Conflans, ultime vestige du passé aristocratique de Charenton, l'aile ouest du château dont le corps central avait été démoli en deux temps, en 1917 et 1920, était livré à la pioche des démolisseurs en 1967.
A l'ouest, aux limites de la capitale, les Magasins Généraux disparurent au cours des années 1980, laissant la place au Nouveau Bercy que domine un curieux bâtiment en forme de baleine, oeuvre de Renzo PIANO. Celui-ci abrite un centre commercial. Des immeubles de bureaux et de logements, ainsi que des équipements culturels et sportifs le complètent.

Dans le quartier de Valmy, à la même époque, sur le quadrilatère délaissé par les établissements NICOLAS sortait de terre le complexe de Valmy-Liberté qui regroupe des activités tertiaires, des logements ainsi que des équipements municipaux.

Seul survivant de ce riche passé, le vieux Pavillon, heureusement restauré, est toujours présent, vigie multiséculaire veillant sur le seul quartier qui conserve encore l'empreinte de cette longue histoire, l'ancien Bourg-du-Pont, coeur historique de Charenton-le-Pont.

 

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